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Ce texte fondateur du mouvement
idéoréaliste existe en version didactique.
Vous pouvez trouver cette version sur le site contemporary-painting.com
L'IDÉORÉALISME
“ Une Idée, c'est un rêve
qui finit bien ”
Le constat d'une époque En cette fin de XXe siècle, les
idéoréalistes constatent la dictature d'un art officiel,
hégémonique, TITULARISÉ par les pays qui se
croient développés.
La pensée unique, autorisée, qui est sensée
le justifier, est l'objet d'un ras-le-bol aussi collectif que discret
: rien ne semble faire douter ce gigantesque appareil.
"L' Art Contemporain" a le sourire de la Joconde, sera-t-il
aussi bien conservé dans un siècle ?
Le non-lieu du Non Au Figuratif
Au moment où
la science atteint l'âge de raison, l'Art écope du
scientisme et tombe dans la plus tragique des illusions : le Non
Au Figuratif :
"Le NAF".
L'utilisation d'un référent (le concret) priverait l'artiste
de sa liberté, qu'il ne pourrait envisager pleinement qu'en
supprimant ce référent.
L'artiste n'est plus là pour livrer à l'humanité
sa vision du monde, puisque le monde pour lui n'a aucun intérêt.
Il se veut créateur absolu en ignorant l'exemple même
de la création.
Pour nous, idéoréalistes, cette attitude, au lieu d'ouvrir
à la liberté de créer, enferme le créateur
dans une forme de schizophrénie. Le schizophrène s'exprime,
mais il est le seul à se comprendre. Souvent même,
l'attitude de l'artiste le confine à l'Autisme.
Les idéoréalistes proposent l'ouverture d'une antenne
de la faculté de médecine (service psychiatrie) dans
les écoles des Beaux-Arts, les facultés d'Arts Plastiques
et d'Histoire de l'Art, ainsi que la mise à disposition de
moyens d'hébergement surveillé de longue durée,
pour les candidats qui veulent absolument achever leur troisième
cycle de marginalisation.
Le Scientisme n'a pas attendu
la fin du XXe siècle pour gagner la pensée artistique
: l'iconoclasme suppose une notion de progrès dans l'Art.
Cette iconoclasme est la constante d';un siècle qui n'a cessé
de se contredire. Au bout de son chemin, une perfection de marketing
intellectuel :
L'Art Conceptuel.
Il ne manque pas de discours. Par contre il manque, par
définition, de concret.
Les idéoréalistes
sont tentés d'y apporter une touche de poésie en prolongeant
par l'action une pensée dont ils dénoncent le manque
d'achèvement. C'est L'ICONOPHAGIE , version HARD. Cette action
se construit au cas par cas, la poésie automatique restant
le privilège des surréalistes.
Quand tel "ingénieux" expose un tas de charbon,
symbole de promesses calorifiques, les idéoréalistes
affichent la blancheur immaculée de leur justaucorps :
L'esprit va combattre la matière !
Autour du feu toujours éteint s'installe une danse , où
de longs bras tendent leurs flammes, et de longs chants tendent
leurs âmes .C'est le rite de L'INCANDESCENCE . A son paroxysme
, le phénomène implose :
Le grand sorcier choit et tout le monde suit !
Cessant de s’épandre , la troupe veut répandre
et partager sa joie, mélangeant ses brumes inspirées
aux humeurs du public. Partagée entre mère prudence
et sœur curiosité , la foule ouvre une large voie vers
l'issue de l'histoire. Les idéoréalistes sortent accomplir
leur dernier rituel:
celui de L'INDÉCENCE.
Tout le monde se sépare de sa mue éprouvée,
et rassemble en un tas son vestiaire souillé.
La symbolique est enfin accomplie , qui oppose le Yin textile d'un
tas de fringues sales au Yang charbonnier d'un tas de coke souillé
par l'esprit des grands sorciers blancs.
Prolongeant le discours d'un grand Sage,
les idéoréalistes rebaptisent la notion de concept
en le surnommant DECEPT .
Le Triptyque de la Liberté
Dans ses développements, l'Art
peut se présenter comme un triptyque. Un panneau central
et deux volets latéraux se refermant sur lui.
En position fermée,
les deux volets se partagent l’espace central. A gauche, celui
de la tradition figurative qui se préoccupe du sujet avant
tout. A droite, celui de tradition "analytique" du XXe
siècle, qui se préoccupe des moyens avant tout, quitte
à les supprimer.
Quand on ouvre les volets,
comme on ouvre les yeux, le panneau central se trouve encadré
par ces deux pendants de la dialectique picturale. Il est deux fois
plus large que les deux autres, mais se trouvait jusqu'alors occulté.
On peut se demander si les deux volets ne se définissent
pas "l'un contre l'autre", si l'un n'exige pas l'opposition
de l'autre pour se justifier. On peut aussi se poser la question
de leur double face.
Le panneau central se nourrit
de la figuration en se posant la question des moyens : c’est
la synthèse des préoccupations et des occupations.
C'est sur ce panneau que l'Idéoréalisme engrave ses
signes, ses questions sont avouées, ses affirmations sont
claires.
En cela, les idéoréalistes choisissent L'ICONOPHAGIE
. Intégrer au lieu de regretter, ou de désintégrer.
Comprendre au lieu d'exclure. les idéoréalistes revendiquent
le droit de créer. Et "sans la permission des institutions"
le droit à la parole.
Or, qu'un seul terme vous manque, et tout est déclassé.
L'abstraction vraie, ou synthèse abstractive
Le terme d'Abstrait a été
détourné sciemment de sa vocation étymologique,
pour faire référence au non-figuratif seul.
Les peintres de la représentation n’ont plus de vocabulaire
dès qu'ils quittent les sentiers battus du figuratif total.
Par l'impression d'un novlang digne du "1984" d'Orwel,
l'artiste doit choisir son camp entre celui des "cancres"
et celui des "intellos".
Cet obscurantisme, né
de la fermeture obligatoire du triptyque, pousse le débat
dans l'absurde. L'Artiste doit choisir entre son père et
sa mère. Le NON-DROIT à la synthèse abstractive
apparaît jusque dans le langage usuel.
L'élitisme est une forme de décadence,
et il produit le même type de tares que la consanguinité.
Aux mêmes maux, les mêmes remèdes ?
La leçon des
Arts traditionnels
Tout Artiste est le produit
d’une histoire. Pour mieux comprendre la sienne, l'idéoréaliste
va à l'école de ceux qui vivent bien la leur - ICONOPHAGIE
version SOFT.
Les Arts Traditionnels sont l'exemple d'un équilibre serein
entre le souci de la représentation et la préoccupation
des moyens.
Le statut social de ces
arts fait rêver, tellement il est évident.
L'Artiste traditionnel n'a pas forcément le statut d'artiste,
tel que la société occidentale le définit en
1999. Il a conscience d'accomplir une mission communautaire. Il
représente sa communauté aussi sûrement que
"l'oeuvre" représente quelque chose de précis
et parfois même de vivant pour cette communauté.
L'oeuvre participe même
au statut de la communauté, qui se définit à
travers elle. Il (l'Artiste) dit l'essentiel, il le pratique. Il
"présentifie" la chose, l'être ou la divinité
(statuaire Africaine). S'ils n'étaient qu'une leçon
d'autosuggestion collective, les Arts Traditionnels n'auraient pas
cette évidence (souvent esthétique) pour les membres
que nous sommes, d'une autre communauté. Il y a dans l'intention
des auteurs quelque chose d'indissociable de résultat. Ce
"presque rien" est imperceptible sans la notion de sacré.
L'Art donne chair au sacré.
Le double -jeu de l'acceptation communautaire et de la volonté
sacrée produit une esthétique particulière
:
L'
ESTHÉTIQUE DE L'ACCOMPLISSEMENT.
Pour les idéoréalistes, ce n'est
pas un concept, mais une réalité. Le traditionnel
ne discute pas : il éprouve.
Kant avait approché
le principe d'esthétique en remarquant qu'il fait l'économie
de bien d'autres, beaucoup moins sûrs. Certains détours
de l'Histoire occidentale auraient servi de diapason si "ceux
qui n'ont pas d'histoire" ne l'avaient préservé.
Exemple parmi les exemples
: la statuaire Africaine . Mis à part sa référence
exotique, elle a permis, avec d'autres, au XXe siècle de
casser ses formes. Cubisme, Futurisme, Expressionnisme...La statuaire
Africaine a servi de référence plastique, de vocabulaire
alternatif à celui de l'Art Classique.
L'analyse est faite de cette première secousse sismique et
de ses répliques (l'Art Brut, par exemple). Les idéoréalistes
posent la question de la genèse de cet Art qui nous parle
tant et dont on parle tant. Deuxième grande secousse !
Les aspects sériels et traditionnels nous renseignent sur
l'étendue d'une pratique dans le temps et dans l'espace :
l'objet trouve son équilibre à force d'avoir été
reproduit, repensé, ré-envisagé d'une part,
et éprouvé par la communauté d'autre part.
L'équilibre plastique est parallèle à l'équilibre
social. Quand il est jugé socialement accompli, l'objet a
trouvé son équilibre formel.
L'ART MODERNE a rompu avec
l'Art Classique pour libérer la sève primordiale de
l'inspiration. Il y a lieu de ne pas s'en contenter, de poursuivre,
en se donnant le temps, sans céder à la hâte
ni à la pression sociale, en cultivant une certaine Sagesse...
Sans modération ! L'esthétique de l'accomplissement
s'établit d'elle-même.
Les conséquences de l'inconséquence occidentale.
La question
se pose de notre "influence" à travers notre Art,
sur les civilisations traditionnelles qui ne se sont pas faites
absorbées par l'Occident industriel. "Ils" ne regardent
pas que nos voitures et nos pubs.
Pour nombre de pays candidats à l'absorption, notre culture
jouit d'un statut comparable à celui de notre technologie,
et se résume en un mot: la CONVOITISE. L'Occident n'aurait
pas trouvé de meilleure stratégie pour désintégrer
les barrières culturelles et leurs conséquences sociales,
qu’en exploitant cette influence.
En évacuant le sacré de son Art officiel, le monde
industrialisé attaque des sociétés traditionnelles
dans leur fondement, préparant l'arrivée d'une idéologie
de pacotille inassimilable par leur véritable culture.
Résumons le
phénomène par une boutade :
" La civilisation, c'est la culture sans le sacré " .
En cela, "leur" chance peut être en nous comme "notre"
chance est en eux.
Pont-Aven, septembre 1999.
Yvo Jacquier.
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